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La modifiabilité de l'intelligence
Jean-Claude Maurin
La notion de modifiabilité employée par
Reuven Feuerstein recouvre lidée dune toujours possible transformation de la
structure mentale dune personne, de son profil intellectuel. La conscience de sa
propre modifiabilité chez un apprenant suppose de la part du médiateur une croyance
profonde dans la capacité de chaque individu de se développer et daller au delà
de ses propres limites.
Cette approche de la part du
formateur-médiateur permet denvisager une autre représentation de
lapprenant en difficulté, " une représentation basée sur les
potentialités à développer plus que sur les lacunes à gérer au mieux, une
représentation qui dynamise la relation pédagogique. (Moal, 1996, p. 3) " En
la formulant schématiquement, on peut dire quil nexiste pas dapprenants
en difficulté, mais seulement des formateurs en difficulté.
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" Il arrive fréquemment que, face aux
blocages, le formateur soit tenté de dresser la liste des raisons pour lesquelles
lapprenant ne comprend pas. Il peut sagir de diagnostics impliquant
essentiellement la dimensions cognitive, mais de pronostic incertain par la gravité
supposée des difficultés : il manque de bases, il ne sait pas organiser son
travail, il nest pas motivé, il est en retard dans son développement intellectuel,
voire il a atteint son maximum
On peut également se référer à des raisons qui
fournissent, tous comptes faits, un remarquable argument de paresse pédagogique : il
a des problèmes sociaux, il a des problèmes psychologiques, etc. "
Or " la dynamique positive de formation commence avec le
" je " du formateur : quelles sont les caractéristiques du
contexte dans lequel jai placé lapprenant ? En quoi linteraction
entre les caractéristiques du contexte et les caractéristiques de lapprenant
interviennent-elles dans les blocages rencontrés ? On voit bien lintérêt du
passage du il au je pour dynamiser laction, non en culpabilisant lenseignant
mais en lamenant à se poser des questions qui lui permettront davoir prise
sur la relation pédagogique. (Moal, 1996, p. 4) "
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Dans la perspective de la modifiabilité, le regard sur
lapprenant est donc un regard qui parie sur la réussite de ce dernier. Ce regard
oriente donc lintervention du formateur-médiateur dans le sens où, en cas de
difficulté dapprentissage, il sera dabord amené à sinterroger sur ses
propres méthodes et sur la pertinence des moyens dapprentissage quil propose.
De ce point de vue, la notion de carte cognitive est très intéressante afin
dexercer une vigilance sur ladaptation des moyens dont dispose
lapprenant.
Le diagnostic portant sur lapprenant lui-même ne doit
intervenir quà la suite dun examen du contexte de son apprentissage. De plus,
le diagnostic sur lintelligence de lapprenant, sur ses
" difficultés psychologiques " ou sur " laltération
de ses structures mentales " nest pas pertinent avant davoir
aménagé le contexte par rapport à ses besoins et davoir exercé auprès de lui
une médiation consistante.
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" Concernant cette approche,
quil a largement contribué à développer, Feuerstein [
] parle de
" déficits centraux " quand on fait lhypothèse dune
origine structurelle et de " déficits périphériques " quand on
soriente vers létude du contexte. Il ne sagit pas daffirmer que
tout est fonctionnel mais daller du périphérique vers le central en posant son
diagnostic et non denvisager tout de suite les hypothèses les plus lourdes, les
plus définitives quand lélève rencontre des problèmes dapprentissage
[
]
Aller du périphérique vers le central, cest se
poser dabord des questions ayant trait à la signification, ayant trait au contexte,
avant de se précipiter tout de suite sur les hypothèses, voire sur les certitudes
décourageantes.
Il me semble quune caractéristique fondamentale
de la médiation pédagogique est la recherche de lorigine de la difficulté dans
linteraction entre les caractéristiques de lélève et les caractéristiques
du contexte dans lequel on le place pour agir. En effet il ne faudrait pas renverser
complètement lidée dune origine des difficultés attribuable uniquement aux
caractéristiques de lélève en affirmant que lélève nest absolument
pour rien dans ce qui se passe et que cest le contexte qui fait tout [...]
Quelquun qui se vit comme incompétent dans un
domaine donné ne fera probablement pas leffort dessayer de réussir. (Moal,
1996, p. 5) "
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